Dans le cadre d’une étude RESATICE intitulée Le connectivisme….jusque où ?, Marcel Lebrun propose dans cette vidéo une première analyse d’un cours d’inititation au e-learning.
Marcel Lebrun donne quelques pistes intéressantes pour équilibrer “l’ordre” et le “désordre” du scénario, ces 2 termes renvoyant à 2 grands types d’enseignement :
- L’ordre correspond à l’enseignement traditionnel magistral en amphithéâtre : l’enseignant dispense les connaissances et les étudiants sont évalués sur un produit : la copie d’examen.
- Le désordre correspond à un dispositif où l’étudiant est plongé dans un environnement avec des ressources qu’il doit manipuler seul ou en groupe. Ce qui importe dans ce cas, c’est le processus.
Analyse_resatice
envoyé par Batier
Pour mémoire, Marcel Lebrun enseigne les technologies de l’éducation à l’ Université catholique de Louvain (Belgique). Je vous recommande tout particulièrement la lecture de son livre : e-learning pour enseigner et apprendre.
Sur ce, je retourne aux festivités du Nouvel An lunaire et vous souhaite une excellente année du Buffle
***
Mise à jour du 29/01 : voir le deuxième épisode de cette causerie, qui traite des différents types de forums dans des dispositifs d’e-learning.


Cette vidéo est effectivement passionnante. Lorsque j’ai croisé Christophe Batier lors du ilearning forum, nous avons échangé quelques mots sur son cours et le travail de Marcel Lebrun.
La proposition de synthèse du désordre produisant de l’ordre, ici de la connaissance chez les apprenants, me fait penser à la dialogique qu’Edgar Morin évoque dans le tome 1 de sa “Méthode”.
A noter, et c’est bien le plus important, que c’est les mêmes, les apprenants, qui créent le désordre et qui sont invités à y trouver un ordre, un sens, une signification. Dans le cours de Christophe examiné par Marcel, le désordre est créé selon les principes du connectivisme et l’ordre selon ceux du socio-constructivisme.
Ainsi, il ne reste à Christophe qu’à rétroagir aux synthèses produites par les apprenants, ce qui est bien plus aisé que d’intervenir tout au long du processus mais si je suis certain qu’il y reste très attentif.
J’ajouterais une chose qui me semble pouvoir également enrichir ce dispositif, c’est d’amener les apprenants à poser un regard réflexif sur leur apprentissage afin qu’il puissent évaluer de manière métacognitive le dispositif dans lequel ils sont plongés et les actions qu’ils y ont menées.
Connectivisme
Essentiellement, le connectivisme constitue un modèle d’apprentissage qui reconnaît les bouleversements sociaux occasionnés par les nouvelles technologies, lesquels font en sorte que l’apprentissage n’est plus seulement une activité individualiste et interne, mais est aussi fonction de l’entourage et des outils de communication dont on dispose.
http://www.opossum.ca/guitef/archives/001252.html
Socioconstructivisme
Le socioconstructivisme qui s’ancre au constructivisme met l’accent sur le rôle des interactions sociales multiples dans la construction des savoirs. Les auteurs parlent de processus interpsychiques et de processus intrapsychiques plutôt que de processus uniquement intrapsychiques. Des auteurs, dont Brown et Campione (1995) soulignent alors l’aspect culturel des savoirs, c’est-à-dire qu’ils sont le fruit des échanges et qu’ils sont partagés. Ainsi, la culture est perçue comme filtre socio-cognitif qui permet de donner du sens à la réalité.
http://wwwens.uqac.ca/~pminier/act1/socioco.htm
Bonjour aux collègues qui suivent ce fil …
La suggestion de Jacques est effectivement très pertinente. Mettre les étudiants en posture d’examiner le cheminement parcouru (leur cheminement) est bien évidemment une compétence précieuse dans le cadre de “l’apprendre à apprendre”. C’est en examinant ses processus (et ceux d’autrui) que l’on devient plus performant … en apprentissage. L’apprendre à apprendre est enfin en marche. Encore faut-il prévoir ce temps “d’arrêt” dans le dispositif et d’équiper les étudiants pour cela ?
Une autre idée qui m’est venue dans l’analyse de ce dispositif est ce que j’appellerais de “l’inter-dispositif” : des étudiants de cultures différentes, d’objectifs différents, de compétences initiales différentes vont se rencontrer dans Res@Tice avec des enseignants qui éventuellement mobilisent des dispositifs différents … une idée serait de faire interagir les dispositifs, certains étudiants plus âgés (compétences d’esprit critique, par exemple) analysant les processus mis en place par des plus jeunes (compétences de découverte, de description …), leur renvoyant une synthèse, recevant une validation … on est en plein connectionnisme là.
Quant à mon analogie avec les structures d’ordre et de désordre, je vais un peu plus loin. Prigogine à montré que du désordre pouvait naître des strcutures d’ordre. Il appelle cela des structures dissipatives. Elles consomment de l’énergie (hé oui) et évacuent de l’entropie (du désordre). Les apprentissages ne seraient-ils pas des structures dissipatives qui apparaissent dans certaines conditions d’interaction des systèmes (profs-étudiants, étudiants-étudiants, étudiants-monde externe …)
Voilà de quoi disserter longuement sans doute
Bonne soirée
Je partage totalement l’approche pédagogique proposée. Je suis assez d’accord sur le nécessaire temps de synthèse. La difficulté étant parfois d’en faire comprendre l’intérêt aux étudiants qui n’y voient pas nécessairement l’occasion de “mettre au clair” leurs idées pour mieux apprendre. La vidéo est peut-être à leur montrer en amont …
Je travaille sur des formations par alternance. A l’image de connaissances accumulées en ligne par plusieurs apprenants, la confrontation des expériences de stage parait parfois également désordonnée. Mais dès que l’on organise un temps de reprise de stage pour synthétiser ces expériences, l’intérêt du stage est décuplé.
Bonjour à tous et un grand merci pour cette discussion très intéressante
Comme le fait remarquer justement Jacques Rodet, ce sont les mêmes, à savoir les apprenants qui créent le désordre et qui sont invités à y trouver un ordre. Les compétences de l’apprendre à apprendre sont donc primordiales, d’autant plus que cet ordre recréé est toujours instable, que les connaissances évoluent au gré des nouvelles connections que je forme. L’apprenant doit pouvoir notamment jouer un plus grand rôle dans la validation des connaissances (le problème est bien posé dans la vidéo) que dans l’enseignement académique où le prof détient le savoir. Ce n’est pas tant l’acquisition de connaissances à un état donné qui importe que la capacité à en apprendre de nouvelles….
Comment donc équiper les étudiants ? Je trouve essentielle cette question de Marcel Lebrun. On sait l’importance que le connectivisme accorde à l’environnement personnel d’apprentissage, ce “tableau de bord” à partir duquel je gère mes interactions (mes connections) avec des objets d’apprentissage et avec les autres (pairs, tuteurs, experts, amis…). Comment cet environnement personnel interagit-il avec le dispositif (la plateforme par exemple) élaboré par l’institution ? Comment faire en sorte qu’ils se complètent ?
Je vois dans ces differents commentaires de nombreux point qu’on va traiter dans nos prochains podcasts culinaires…
Réponse écrite dans Apprendre 2.0 replacée ici :
Le désordre correspond à un dispositif où l’étudiant est plongé dans un environnement avec des ressources qu’il
doit manipuler seul ou en groupe.
Son activité est faite de commentaires dans les blogs, d’analyse de questionnement ou de prise de position dans les forums, de participation dans les wikis.
Ce qui est ici important c’est le processus.
Il faut faire attention à ce niveau aux facteurs économiques : dans un enseignement traditionnel le cours est fait en présentiel
et on évalue le travail réalisé c’est-à-dire les copies. Par contre dans une optique processus le travail est plus important pour l’enseignant .
Et cela pose aussi des problèmes de cadence pour arriver à faire travailler les étudiants dans le même rythme et ceux qui arrivent en retard
dans ce type de dispositif on du mal à raccrocher et certains même ne s’y retrouvent pas. /
>>>>>
C’est ce que j’expérimente de plus en plus avec les étudiants IPM et également dans le cadre de l’enseignement de la langue écrite en langue étrangère, ici pour moi le FLE.
(foreignerinlille.ning.com atelierduweb.ning.com )
Ces approches et ces environnements d’apprentissage TIC créent un désordre créatif au processus d’apprentissage où l’enseignant est – si on peut le dire – ingénieur des apprentissages (Mangenot)
Il n’y a pas de parcours clairement guidé (parfois pour moi dans mon cas) comme on peut le faire dans des environnements Moodle où tout est programmé, où encore dans des produits d’e-Learning avec une succession de tâches fermées, quizz, créant un parcours – beau souvent bien léché – mais monotone et peu efficace. (Sauf dans une démarche transmissive, clairement expliquée et acceptée au début – notamment en médecine FC)
Et comme on nous apprend à faire en formation e-learning basée trop à mon sens, sur une vision productive et pas assez conçue comme un service.
Service qui coute beaucoup de temps et d’investissement sur le web. Mais nos flux rss facilitent le travail
Pour moi, mes activités sur web sont « simplement » (est-ce le bon terme ?) un enrichissement du face-à-face.
L’ordre (de l’enseignant) est donné dans le désordre des contributions des étudiants. Le site social se forme en construction par les interventions de tous et médiatise le processus d’enseignement et d’apprentissage.
Nous sommes bien dans une démarche de projet.
On peut le faire en : Info tech/ Doc/ Com/ langue / bref avec des contenus textuels.
Merci de cette discussion qui me permet de mettre en mots des actions que personnellement je n’écris pas assez.
Désolé de ne pas citer les références et sources( connectivisme…) citations que je lis sur beaucoup de blogs où les auteurs écrivent beaucoup mieux que moi….
Voir le lien de la discussion sur Apprendre 2.0 où Christophe a placé également sa gastronomie lyonnaise.
http://apprendre2point0.ning.com/profiles/blogs/gastronomie-lyonnaise-au-menu
Bonjour David,
Bonjour à chacun(e)
Tu écris
“Il n’y a pas de parcours clairement guidé (parfois pour moi dans mon cas) comme on peut le faire dans des environnements Moodle où tout est programmé, où encore dans des produits d’e-Learning avec une succession de tâches fermées, quizz, créant un parcours – beau souvent bien léché – mais monotone et peu efficace. ”
et un peu plus loin
“Pour moi, mes activités sur web sont « simplement » (est-ce le bon terme ?) un enrichissement du face-à-face.”
Il est tout à fait heureux que les pratiques présentielles soient de plus en plus souvent enrichies par des activités distancielles via le recours aux technologies. Toutefois, il ne me semble pas que cette pratique, si elle est bien une des formes de mise à distance de la formation, puisse être entièrement assimilable à l’organisation d’un parcours totalement à distance.
Dans le premier cas, le désordre peut effectivement déboucher sur de l’ordre, en particulier parce que les séances présentielles permettent la réalisation aisée de remédiations. Dans le second, le tout distanciel, le désordre, même si il n’est pas à proscrire, peut se révéler très déstabilisant pour certains apprenants et les conduire à l’abandon.
Il n’est pas anormal que les parcours entièrement à distance soient plus “ingénierisés”. Ainsi, même dans une approche de pédagogie active, le concepteur doit prévoir, structurer et scénariser de nombreuses méta-ressources facilitant l’exploitation du dispositif. A mon sens, l’ingénierie est directement corrélée à la place de la distance dans le dispositif.
Lorsque j’observe mes pratiques, je constate que je n’interviens pas exactement de la même façon avec les étudiants que j’ai en cours présentiel enrichi et ceux pour qui l’essentiel de l’apprentissage se réalise à distance. Dans le premier cas, le désordre créatif peut plus facilement être mis en place* que dans le second. Je note aussi que le dimensionnement précis des interventions tutorales est bien plus nécessaire dans le second cas que dans le premier.
Je finirai en insistant sur le fait que l’ingénierie n’est pas synonyme d’approche pédagogique directive et qu’il y a bien des manières d’utiliser des plateformes de e-learning sans réactiver le modèle transmissif. De même, je ne suis pas certain que l’utilisation des outils du web 2.0 soient la garantie absolue d’une pédagogie active.
_________________
* A noter que le désordre, dont parlent Batier et Lebrun, est bien le résultat d’un intention pédagogique. C’est pourquoi je parle de “mise en place du désordre”. Le désordre est provoqué comme préalable à la mise en ordre, un peu comme dans le socio-constructivisme lorsque l’enseignant provoque l’émergence des connaissances préalables des apprenants avant de les confronter à de nouvelles connaissances qui amèneront au conflit cognitif.
Merci, Jacques de ton message.
Ce que tu décris (différences de dispositif FOAD total, mixte, présentiel enrichi) n’avait pas été assez pris en compte dans mon bulletin précédent. Tu le décris très bien. Tout dépend des environnements et des formations.
En tant qu’enseignant de langue (FLE) (sensible à l’instabilité, à la spontanéité, à l’imprévu créatif, de la communication orale - auxquels en pédagogie des langues, nous sommes toujours très sensibles et recherchons sans cesse ! comme une pépite d’or trouvée au hasard du cours ), il est clair que je préfère l’option que je connais le mieux :
le désordre créatif
J’essaye de le mettre en oeuvre en pédagogie de la langue écrite avant tout et aussi dans le cadre d’une UE d’un master des sciences de l’éducation.
Je suis également tout à fait d’accord avec toi sur la remise en ordre obligatoire par l’enseignant, sur l’insuffisance de certaines pratiques technocentrées sur gadgets web2.0 et sur la volonté toujours de faire produire, construire, co-construire, co-apprendre.
En tout cas, merci de ta lecture qui enrichit ma reflexion sur mes pratiques.
Bonjour à tous,
J’ai visionné avec beaucoup d’attention la vidéo et suivi vos commentaires. Je trouve tout cela passionnant. L’idée, que l’ordre puisse venir du désordre, me semble essentielle dans le domaine des apprentissages. J’y suis d’ailleurs bien souvent confronté. Je m’explique, je suis professeur des écoles en classe maternelle et tous les jours mes petits élèves échangent entre eux et se (me) posent mille questions. Les idées fusent, bien souvent nous partons dans tous les sens, mais ces échanges multiples enrichissent notre recherche de réponses. Nous sommes bien ici, à mon sens, en plein socio-constructivisme. Avec l’âge et le formatage d’une école plus centrée sur le cours magistral, le collégien, le lycéen, puis l’étudiant perd sans doute un peu ce réflexe de questionnement. Je dois dire que ma récente expérience en matière de e-learning m’a permis de retrouver cette ambiance de travail coopératif. Cette richesse des échanges à distance m’autorise à penser que nous avons vécu en formation IPM EAD à Lille cette année une expérience d’une grande richesse d’apprentissages.
Merci à tous de me laisser répondre ici
@ Patrick : bienvenue sur le blog et merci pour votre témoignage, qui me fait très plaisir venant d’un IPM
Bonjour aux correspondants de cette liste
Les concepts d’ordre et de désordre que j’ai introduit lors de la discussion avec Christophe Batier méritent probablement un peu d’approfondissement afin d’en retirer l’essence. J’aimerais dresse rapidement ici un tableau de mon cheminement vers cette idée et le lecteur fera probablement le parralélisme avec les notions d’apprentissage et d’enseignement.
Tout d’abord une phrase qui me guide dans l’élaboration de ressources et dispositifs pédagogiques (à coloration technologique ou pas d’ailleurs) : Enseigner, c’est mettre en place des conditions où l’étudiant puisse apprendre.
Ensuite quelques idées : le déterminisme Laplacien dit approximativement ceci : si les variables initiales d’un système sont connues, si les règles (théories, modèles …) qui régissent le comportement du système sont connues, alors on peut prédire les états ultérieurs et reconstruire les états antérieurs du système. On voit bien l’impact de ceci sur l’enseignement programmé, certaines formes traditionnelles d’enseignement (expliquer clairement le chemin) , certaines formes d’ingéniérie pédagogique … Il s’agit pour moi d’un modèle à l’ordre “zéro” qui peut expliquer de larges tendances, des principes généraux …
Oui, mais les étudiants ne sont pas des particules élémentaires (!) qui s’orientent dans la direction du champ magnétique de l’enseignement. Des fluctuations sont observées et elles conduisent à développer le modèle plus loin. Poincaré (par exemple) dit que la connaissance des conditions initiales est quelque peu illusoire et que ceci implique que de petites incertitudes peuvent conduire à des effets divers, variés, amples … L’effet “papillon” pédagogique est inscrit dans la variété des conditions initiales, ici les pré-acquis des étudiants, les compétences variées dont ils disposent, les styles d’apprentissage et de communication tout aussi variés. L’enseignement met de l’énergie dans le système mais les effets sont pour le moins différents allant d’étudiants qui décrochent à d’autres qui feront une carrière exceptionnelle. Le principe de variété dans le dispositif pédagogique pourrait y répondre. Fatalité ?
Allant plus loin encore, Progogine (prix Nobel belge) a étudié ces structures de désordre associée à la notion d’Entropie et à celle que cette entropie ne peut que croître. Oui mais … dans certaines contextes, sous certaines conditions, des systèmes désordonnés peuvent soudainement faire apparaître des structures d’ordre qui signifient absorption d’énergie (hé oui, enseigner et apprendre ce n’est pas facile) et évacuation d’entropie. On appelle cela en gros les structures dissipatives. En gros l’apprentissage des étudiants ne pourrait-il pas être vu comme l’apparition de telles structures dissipatives ?
Cela veut dire que plonger l’étudiant dans des dispositifs désordonnés (sans connotation négative) mais riches (en entrée par les ressources et outils mis à disposition et en sortie par les compétences auxquelles ils vont contribuer) peuvent être fertiles potentiellement en termes d’apprentissage des étudiants. Réfléchir à ces conditions et contextes (ma définition initiale d’enseigner) est l’affaire des enseignants. Une réponse se trouve dans le modèle d’apprentissage que j’ai formulé afin que l’enseignant puisse s’appuyer sur des “facteurs” (au sens étymologique) d’apprentissage : (1) Motivation (sens des activités, valeur des tâches, explicitation des compétences qui seront acquises, consignes et espaces de liberté … (2) Information (qualité des ressources et connaissances antérieures, authenticité …) (3) Activités proposées (que va faire l’étudiant, le coeur des méthodes actives) (4) Interactions (structure des interactions avec l’enseignant, avec les autres étudiants …) et (5) Productions (en termes de connaissances, de compétences, de tâches, de modalités de présentation …)
Voilà un peu de mes “gouvernes” dans ce monde chaotique
Qu’en pensez-vous ?
Un peu de lecture ? M. Lebrun (2005). eLearning pour enseigner et apprendre; Academia Bruylant.
Bien à vous
Marcel
Bonjour Marcel et merci de permettre ce dialogue entre chercheur et consultants / concepteurs / formateurs e-learning conscients (et je sais qu’ils sont nombreux…) des exigences fortes de leur métier et qui de ce fait adoptent une démarche de veille sur l’innovation pédagogique - au delà de l’immédiateté et des simples effets de mode. J’avais déjà cité votre livre dans mon billet parce que je le trouve effectivement très instructif.
Pour replacer la vidéo dans le contexte du projet RESATICE, je me demandais si le connectivisme ne donne pas justement à cette notion de désordre une perspective nouvelle pour l’apprentissage en réseau ? Qu’est-ce qui distingue selon vous le connectivisme du socioconstructivisme ?
Bonjour
Selon le promoteur du Connectivisme lui-même (Georges Siemens), le Connectivisme s’appuie sur des éléments des autres théories (du behaviorisme au socio-constructivisme) en activant (enfin) les facteurs mis en avant par ces théories daus un univers fait de réseaux d’information, de réseaux sociaux …
Soyons clair. Pour moi, on n’apprend pas en groupe, en ligne … on apprend en soi, on s’approprie. On ne peut apprendre à la place de quelqu’un d’autre. Les théories “précédentes” tendent à décrire le mécanisme d’apprentissage tel que cela se passe “dans la tête du sujet” : le sujet construit ses connaissances en s’appuyant sur des connaissances déjà-là pour répondre à des problèmes que lui pose l’environnement. Nous sommes dans le constructivisme et la modification des structures cognitives du sujet par le mécanisme d’accommodation (Piaget).
Evidemment, l’environnement est là : il propose des tâches, des problèmes … mais aussi les outils, le langage, la culture qui contextualisent l’apprentissage naissant. la construction se fait avec les autres,, avec des outils. Vigotsky est présent ici en ouvrant la dimension sociale (au sens très large) et la contextualisation (le fait que les outils et ressources soient liés à un contexte historique, social, économique, culturel …). Ce qui est intéressant c’est que la conjonction des deux approches (auto et hétéro) fournit des indications des plus précieuses aux enseignants, formateurs, responsables de développement pédagogique …). Je ne peux tout dire ici ;=)
Et le Connectivisme ? A la fois, il actualise ces idées Vigotskiennes au Digital Age, il instrumentalise et opérationnalise les “idées” des précurseurs pédagogues (Piaget, Vigotsky, Rogers …) mais avec sans doute une idée en plus : la connaissance ne réside pas seulement dans “la tête du sujet” mais elle se manifeste largement dans ce qu’on a appelé l’intelligence collective (résultat d’apprentissages partagés). Le cerveau sort quelque part de la tête du sujet, s’ouvre aux interactions avec les autres (interdisciplinarité, interculturalité …) . Nous sommes le réseau !
Pour l’apprentissage, cela implique de nouvelles choses : apprendre à apprendre certes mais aussi la capacité de transformer l’information en connaissances, d’établir des liens entre diverses approches, de contribuer à l’intelligence collective, de faire naître des archipels d’ordre dans le désordre, de veiller aux structures précurseurs de ces structures d’ordre …
C’est sans doute ce que nous faisons un peu ici !
Bien à vous
Marcel