Comment exploiter un réseau social sur internet comme Ning dans le cadre d’une formation à distance ? Quels scénarios adopter notamment pour l’apprentissage des langues ? C’est ce que je vous propose de voir par cet entretien avec David Cordina, responsable du projet “Foreigners in Lille” et enseignant de Français Langue Etrangère à l’Université de Lille I.

Le projet “Foreigners in Lille” expérimente un nouveau service pédagogique adressé aux étudiants et aux stagiaires étrangers de l’Université de Lille1 qui suivent des cours de Français Langue Etrangère. Ce service propose un nouvel outil Internet : un réseau social à objectifs linguistiques avec la plateforme gratuite de blogs et de réseaux Ning.

Ce réseau social qui se présente sous la forme de sites communautaires (tels que Facebook ou Myspace) permet aux étudiants d’écrire en français leurs pages personnelles, leurs blogs, leurs e-portfolios, ou encore de participer aux forums de discussions, d’échanger entre eux, ou de construire leur environnement d’apprentissage. Il a été créé et est organisé et animé par une équipe d’enseignants engagés dans l’utilisation des Nouvelles Technologies pour enrichir l’apprentissage des langues vivantes. Créée depuis 6 mois, la communauté accueille déjà 280 membres.

Un descriptif détaillé du projet est téléchargeable au format PDF.

banniere_foreigners_in_lille Avec David Cordina, projet Foreigners in Lille

Entretien avec David Cordina, responsable du projet et enseignant à l’Université de Lille I

Les objectifs pédagogiques et culturels de ce réseau sont nombreux. Mais pourrais-tu résumer la finalité générale du projet ?

Les finalités générales sont avant tout :

  • d’enrichir notre formation en présentiel car presque tous les étudiants et stagiaires inscrits sur le réseau suivent des cours en classe dans nos deux centres.
  • de développer des compétences de langue écrite - à partir du niveau B1 et plus par l’écriture des blogs et des réponses au forum
  • d’établir des dialogues asynchrones entre pédagogues et apprenants et entre apprenants
  • de créer une communauté d’apprentissage autour de la langue écrite française et de l’expérience de l’expatriation en France et à Lille
  • de développer la sociabilité virtuelle et réelle des étudiants étrangers et favoriser ainsi l’accueil à Lille I
  • de diffuser des actualités et de favoriser la formation tout au long de sa vie (les étudiants étrangers s’inscrivant, en amont, pendant et après la formation en présentiel)
  • de développer le dialogue interculturel entre les multiples nationalités de ce réseau.

fresque_1 Avec David Cordina, projet Foreigners in Lille

Favoriser un apprentissage non-formel sous contrôle de tuteurs, n’est-ce pas un peu contradictoire ? Où se situe le bon équilibre d’après toi ?

Ce n’est pas vraiment un contrôle, selon moi (excepté peut-être pour la correction linguistique que nous signalons avec des petites estampilles). Le rôle de l’enseignant est celui d’une”enzyme” qui catalyse les participations des étudiants : un réseau ne se génère pas de façon spontanée. Il faut des objectifs communs, des projets, (voire des contraintes) qui dépassent la simple socialisation.

L’animation pédagogique se résume à :

  • coordonner et initier aux outils TIC du réseau
  • relier les apprentissages de la langue des cours présentiels FLE avec le réseau
  • discuter en classe de l’actualité du réseau
  • bloguer et écrire soi-même
  • commenter, encourager, désinhiber l’acte d’écriture en langue étrangère
  • assurer la correction linguistique.

fresque_2 Avec David Cordina, projet Foreigners in Lille

Pourquoi un réseau social ? Et pourquoi Ning en particulier ? Qu’est-ce qu’il apporte en termes de fonctionnalités et d’usages par rapport à un LMS comme Moodle que vous utilisez déjà ?

Nous travaillons depuis 4 ans avec différentes plateformes (Claroline, Moodle, une plateforme Accel interne à Lille1 – CUEEP, plateforme collaborative) et le réseau Ning depuis mars 2008. Le réseau Ning a été l’outil le plus facile à intégrer dans nos pratiques. Peut-être parce que nous avions déjà l’expérience des plateformes LMS. Mais pour les étudiants, il a été l’outil le plus ouvert et le plus facile à prendre en main. Son ergonomie est claire et facile d’accès. De plus, il est consulté par le grand public pour les visites – ce qui est un élément de motivation pour les étudiants et de communication pour l’institution - et reste ouvert également aux dernières évolutions du web2.0. Les étudiants peuvent intégrer tous les widgets qu’ils souhaitent pour personnaliser leur environnement d’apprentissage.

Sur Ning, on peut trouver également d’autres réseaux éducatifs : comme apprendre 2.0 ou Campus FLE Education avec lequel, grâce à Ning et sans avoir pris aucun contact dans la réalité, nous construisons à l’heure actuelle un échange avec un groupe de Foreigners in Lille et un groupe d’étudiants espagnols et Erasmus français de l’Université de Leòn (Mario Tomé).

Pour nous, les LMS sont utilisés comme des outils d’évaluation – test de placement sur Moodle – et comme des outils délivrant des contenus pour l’auto apprentissage ou encore comme outil de communication entre les enseignants.

fresque_3 Avec David Cordina, projet Foreigners in Lille

As-tu déjà procédé à une enquête de satisfaction auprès des utilisateurs ? Et de manière plus générale, comment évaluer les progrès en matière d’apprentissage dans un cadre non-formel ?

En fin de formation, nous avons déjà demandé à des étudiants d’écrire leur témoignage quant à l’utilisation du réseau. Une enquête plus aboutie sera à faire dans les prochains mois pour mesurer la qualité d’apprentissage. En ce qui concerne des bilans de fréquentation, les données statistiques sont très prometteuses : le nombre d’inscrits augmente régulièrement (le réseau s’ouvrant sur de nouvelles personnes étrangères à Lille), les visites sont régulières – plus de 100 par jour – avec un temps de visite satisfaisant : presque 9 minutes par visite.

L’équipe d’enseignants et moi tâchons d’apporter actuellement des réponses à ta dernière question : nous évaluons certains articles de blogs ou discussions de certains groupes comme des épreuves de contrôle continu de leur semestre intensif. Pour le reste des étudiants, nous essayons d’élaborer des outils d’évaluation qualitative.

fresque_4 Avec David Cordina, projet Foreigners in Lille

Un grand merci à David pour ses réponses, et d’autant plus qu’il a aimablement accepté ma proposition de poursuivre l’entretien avec les lecteurs de ce blog. Vous êtes donc invités à poser vos questions en postant un commentaire ci-dessous. L’échange ne pourra continuer que quelques jours, alors ne perdez pas de temps !

A vos claviers donc ;-)

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5 réponses à “Avec David Cordina, projet “Foreigners in Lille””
  1. DANG Thu Nga dit :

    Bonjour,
    Il faut que je profite alors ! :”>
    Juste une petite question pour David Cordina : Dans l’avenir, est-ce que vous avez l’idée d’élargir votre réseau, pour les étudiants étrangères en France par exemple ? En ce moment, d’après ce que je comprends, les étudiants étrangères des autres villes ne peuvent que participer en tant que visiteur ? Une question technique se pose : comment pouvez-vous vérifier si cet étudiant vient de Lille, pas d’autre ville ?
    Merci d’avance votre (vos) réponse(s) et merci Stéphane pour le rôle de médiateur !!! :p

  2. Très intéressante question en effet, Nga, sur le degré d’ouverture d’un réseau d’apprentissage porté par une institution.
    Qu’en penses-tu David ?

  3. Bonsoir
    Merci de cette question qui questionne les limites d’une éducation non formelle.
    Pour l’instant, nous ouvrons le réseau à tous les étudiants qui seront en rapport (de près ou de loin) avec les centres FLE de l’Université de Lille1. Nous avons également des groupes qui ne sont pas encore arrivés à Lille.
    Nous avons aussi des groupes d’échanges avec des étudiants espagnols de Leon (avec Mario Tomé).

    Mais, en fait, si un étudiant étranger actif (souhaitant contribuer) me le demande, je l’inscris.
    Nous avons donc déjà des étudiants d’autres villes qui sont inscrits.
    Pour l’instant, je les accepte car ils sont minoritaires et ils ne demandent pas énormément de travail de suivi à l’équipe enseignante.
    Dans l’avenir, si leur nombre devient plus important… nous devrons trouver des partenaires…

    Mais oui, bien sûr nous aimerions ouvrir le réseau à plus de personnes…

  4. [...] suite sur le Blog de Stéphane Wattier, consultant e-learning. Grand merci à [...]

  5. [...] suite : 1 personnes ont lu ce [...]

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